BO DIDDLEY, The Originator

Son jeu si particulier, ses guitares carrées, le diddley beat, son jeu de scène, son humour, sa maitrise parfaite de la guitare font de ce chanteur, producteur, compositeur, inventeur et danseur un des plus grands influenceurs de tous les temps grâce à un talent monstrueux et un caractère bien trempé.

Ellas Otha Bates nait le 30 décembre 1928 dans le Mississippi. Son père mourant peu après sa naissance, il est adopté par une cousine de sa mère, Gussie Mc Daniel. On ne sait pas vraiment quel a été son premier prénom, Ellas ou Otha. Ellas McDaniel est alors son nom d'usage. En 1934 à Chicago, il étudie et apprend la lutherie, à se défendre et pratique de petits jobs (boxeur professionnel, mécanicien, charpentier, il sera même shériff et député !).

Naissance d'un génie et inventeur

Il commence par le violon et passe à la guitare en écoutant de Louis Jordan ou encore de John Lee Hooker et Muddy Waters. Le R&B à cette époque évolue et devient le rock n'roll dont Bo, Chuck Berry, Elvis Presley, Bill Haley, Little Richard et Fats Domino sont les pionniers.

Son surnom lui vient d’un instrument de fortune constitué d’un fil de fer accroché à un mur sur lequel on fait glisser un goulot de bouteille selon la technique du bottleneck et qui remplace la guitare chez les apprentis musiciens noirs des débuts du blues. Il s'appelle le diddley bow. En 1943, Bo Diddley, sous ce surnom, se produit avec ses groupes dans les coins de rues, les marchés et en club à partir de 1951.

Il raconte qu'adolescent, il apprend la guitare dans des églises où il trouve des rythmes encore plus singuliers. Il en joue comme si c'était une batterie, en marquant les mesures avec des techniques de violon. Il développe alors son propre style rythmique.

Certaines guitares qu'il conçoit lui-même sont d'ailleurs faites pour jouer en même temps en percussion et peuvent intégrer une boite à rythme ou même un pad électronique. Sa formation de luthier le pousse dans ses expériences à concevoir et ajouter des fonctions supplémentaires à ses guitares, par exemple les boutons permettant de changer d'effet sans passer par le pédalier. Steve Vai lui-même ne prendra la mesure de cette innovation qu'au milieu des années 1990. Il s'accorde aussi en quinte et reste l'un des premiers guitaristes de rock à utiliser l'accord ouvert, issu du blues, et à l'enseigner autour de lui, notamment aux Rolling Stones. Ces derniers commencent leur carrière en tournant avec Bo Diddley en 1964. Ils lui vouent une admiration sans borne et font plusieurs reprises en s'en inspirant régulièrement. Ils l'invitent par la suite dans plusieurs de leurs concerts pour jouer avec eux.

Le grand inspirateur

Il influence plusieurs groupes des sixties : The Rolling Stones, The Yardbirds, The Strangeloves, The Pretty Things, The Animals, Led Zeppelin, The Shadows of Knight, The Stooges, AC/DC, Kiss, The Kinks, The Beatles, The 13th Floor Elevators, The Kingsmen, The Who, The Them et la scène rock'n'roll en général. Il réalise de remarquables sauts et contorsions toujours avec son célèbre jeu de jambes qui a influencé Pete Townshend des Who (dont beaucoup de morceaux sont des diddley beats).

Les Moody Blues lui consacrent des prestations live remplies d'admiration. Parmi ses fans et pairs ayant fait des reprises sans jamais payer de droit durant des concerts, on compte aussi Janis Joplin et Jimi Hendrix.

De 1950 jusqu'en 1964, il est accompagné par Jerome Green, un joueur de maracas capable de tenir leurs astucieux contre-temps. Ce dernier est celui qui a aidé Bo Diddley à créer un rythme au sein même de la racine R&B, appelés diddley beat ("Boum-da-boum-da-boum, da-boum-boum").

En 1952, il achète un ampli d'où il sort son premier son saturé allié à une réverbération généreuse. Il bricole l'un des tout premiers effets trémolo/vibrato électronique avec un réveil et quelques pièces de mécanique. Il crée alors son premier son spécifique (Diddley sound) qu'il élargit sans cesse. d'après lui, il est aussi à l'origine des premières expériences de création de vibrato.

Sa musique ne payant pas assez, il produit une maquette à 2 titres : "Uncle John" (qui devient "Bo Diddley") et "I'm a Man". Il signe en 1954 un contrat avec la Chess Records. Il présente alors au grand public le diddley beat. Le disque atteint la seconde place des charts R&B aux États-Unis.

Le riff et les paroles de "I'm a Man"sont inspirés d'une chanson de Muddy Waters. Ce dernier, ami de Diddley lui répond pour lui montrer qu'il est maintenant dans la cour des grands. Elvis Presley, chantant depuis moins d'un an, fan de Bo Diddley, lui attribue ses contorsions suggestives et caractéristiques.

Un caractère bien présent

Le 20/11/55, il passe au Ed Sullivan Show et rend l'animateur furieux. Annoncé comme musicien de folk et censé jouer sagement, il interprète sans avertir "Bo Diddley". À la suite de cet événement, il est empêché de participer à d'autres émissions. Mais Bo Diddley vient de lancer son premier grand succès sur les ondes, tout en ayant tenu tête aux médias soumis à la ségrégation raciale et au conservatisme. Il devient alors un exemple pour les sixties.

Il écrit sous le pseudo de sa femme, le titre "Love is Strange" pour le duo Mickey et Sylvia (créatrice de Sugar Hill Records) qui en font un des plus grands classiques du R&B. Il est repris par Buddy Holly, les Everly Brothers, Sonny and Cher, Paul McCartney, Everything but the Girl, dans le film Dirty Dancing, etc.

En 57, Jerry Allison, le batteur de Buddy Holly rejoint ce rythme jungle. Le rock'n'roll connait un recul jusqu'en 1962, Bo Diddley prépare alors son retour devant les médias avec l'esprit soul parallèlement à Ray Charles.

Dans les années 1960, il produit beaucoup de morceaux accompagnés de paroles parlées comme son hit "Say Man". Ce sont les prémices du rap et du slam et surtout une liberté musicale qui devient chère à Frank Zappa.

Sur des morceaux incontournables comme "Who do you love" , Diddley développe les paroles parlées de Hooker qui s'approche du deejaying naissant en Jamaïque. Diddley est donc perçu comme un père du hip-hop qu'il rejoint dans les années 80 sans délaisser sa guitare ni son diddley beat.

Une carrière admirée de tous

Il joue à la Maison Blanche au concert d'investiture de John Fitzgerald Kennedy le 20 janvier 1961.

Bo Diddley réussit facilement la célèbre épreuve des bluesmen qui est d'imiter le train avec la guitare dans le morceau "Please Mister Engineer" où il reprend le son saturé.

Le rock garage, le disco, la funk, la surf music, le punk et la pop anglaise sont tous sous son influence. Le morceau "You Really Got Me" des Kinks est un équilibre parfait entre les 2 premières chansons de Diddley :"Bo Diddley" et "I'm a Man" et entraînent bien d'autres morceaux comme"Should I Stay or Should I Go" des Clash. Ces derniers demandent à Bo Diddley d'ouvrir leur tournée en Amérique en 1979, Joe Strummer s'exclamant qu'il ne pouvait garder la bouche fermée lorsqu'il le voyait.

Après plusieurs attaques, Bo Diddley décède le 2 juin 2008 en Floride. Récompensé par un Grammy Award d'honneur pour l'ensemble de sa carrière, il était membre du Rock and Roll Hall of Fame depuis 1987. Il reçoit en 1996 le prix d'honneur de la Rhythm and Blues Foundation pour l'ensemble de sa carrière. Toujours actif jusqu'à ses problèmes de santé, il a célébré en 2005 ses 50 ans de carrière par une tournée mondiale.

Les guitares de BO DIDDLEY, The Originator

Bo Diddley commence par une Gretsch Duo Jet mais il passe rapidement à la Jet Firebird à finition rouge.

Il rencontre alors sa Gretsch rectangulaire qui devient son totem.

Plusieurs de ces guitares rectangulaires sont modélisées d’après un instrument qu’il a lui-même conçu auparavant et inspirées des guitares « Cigar Box » que certains bluesmen se fabriquent eux-mêmes. Il conçoit bien d’autres guitares tout au long de sa carrière.

La toute première, fabriquée en 1958, présente 2 micros à simple bobinage Dynasonic conçus par De Armond, un chevalet réglable et des repères de touche en forme de demi-lune sur un manche de type 57. Comme il en a l’habitude, Bo décore cette guitare avec de nombreux autocollants, des badges, et modifie la plaque de protection en y apposant l’un des tout premiers signes de paix, le « Peace and Love ».

Concernant la Billy-Bo rendue célèbre par Billy Gibbons des ZZ Top, ce dernier dit :

« C’est Bo Diddley qui originellement a dessiné ce modèle. Gretsch l’a sorti en 1959 sous le nom de Jupiter Thunderbird, et lui en a donné trois exemplaires custom. Bo m’a offert l’un des trois. Un cadeau que je garde comme un trésor. Ensuite, je l’ai faite recopier mais à l’envers avec l’échancrure en haut et le logo Gretsch inversé, je l’appelle  » The Reverso « . Par la suite, Gretsch a sorti le modèle « Billy-Bo  » que je joue également sur scène. »

En 78, lors d’une tournée en Australie, Bo Diddley s’adresse à Chris Kinnman, qui avant de développer sa gamme de micros enchanteurs aillant séduit des guitaristes tel que Hank Marvin, fabriquait aussi des guitares.

C’est après avoir joué sur une de ses guitares que Diddley lui demande de lui fabriquer un modèle non seulement rectangulaire mais avec effets intégrés.

Ce modèle réalisé en acajou du Honduras est visible dans les mains de Bo très souvent jusqu’à sa mort, et dispose d’une série de potentiomètres destinés aux réglages de ces effets, ainsi qu’un équaliseur, et d’un capteur midi GK 3 Roland.

La Gretsch 58 de Bo Diddley a des caractéristiques bien précises :

Le corps est de type semi hollow body, c’est à dire qu’il est creux, mais comme il ne comporte pas d’ouïes, ce n’est pas visible. La table est en érable laminée. Elle est entourée d’un binding, tout comme le dos. C’est une vraie planche qui ne présente aucune découpe.

Le manche est en érable avec une touche en ébène qui supporte 22 touches. Le diapason est de 25,5 pouces (standard Fender) pour un radius de 12 pouces. Les mécaniques sont des Grover Rotomatic. La plaque du trussrod porte la signature de Bo. La jonction du manche avec le corps se fait à la 17ème frette.

Les attaches courroie propres à la marque sont particulières puisqu’une fois la courroie installée on doit visser un bouton qui la tient en place.

Côté électronique, ce modèle est monté avec 2 micros doubles bobinages High Sensitive Filter Tron. Les Filter Tron, introduits en 1958, sont à Gretsch ce que le PAF est à Gibson. Les commandes se font via un toggle switch à 3 positions et 4 potars. Le premier est une tonalité générale. Les trois autres sont des potars de volume, un pour chaque micro plus un volume général. Cela permet d’équilibrer la puissance des micros pour obtenir plus de subtilité avec le switch en position intermédiaire (micro chevalet + micro manche). Les boutons sont du type du type G arrow.

Le cordier et le chevalet sont très dans le style arch top guitar généralement plus destiné au jazz. Le cordier du type G Short est fixé au bas de la caisse au niveau du fixe courroie. Le chevalet est du type Tune-O-Matic avec une base en palissandre.

Tout l’accastillage est doré.

Gretsch propose également un modèle plus simple à la forme similaire mais plus abordable, la G5810 Bo Diddley Signature.

Les amplis de BO DIDDLEY, The Originator

On sait peu de choses sur le matériel hors guitares de Bo Diddley. Cependant, on lui connait l’utilisation des amplis Magnatone

Les effets de BO DIDDLEY, The Originator

et aussi le jeu avec un vibrato DeArmond.

 

Le son en vidéos de BO DIDDLEY, The Originator

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